3 Bonnes raisons de faire philosopher un enfant

Mis à jour : mars 24




Je sais ça fait rêver: un vocabulaire précis et racoleur, une motivation intellectuelle défiant toute épreuve ... Mais pour la petite histoire Calvin est loin d'être un petit garçon qui apprécie de travailler derrière son bureau. A vrai dire, il déteste les légumes, préfère jouer et lire des BD. Mais pendant toutes ses bêtises d'enfants, il ne cesse de se questionner et de questionner la vie.


Donc non, votre enfant ne pas devenir un petit génie de l’écriture parce qu’il aura pratiqué des ateliers philosophie, enfin c’est possible, mais ce n'est pas le but premier.

Alors: effet de mode ou activité d’intérêt publique? Je propose trois raisons.



1/ Nous ne savons pas si nos enfants seront des adultes heureux


Il est un constat des plus tristes aujourd’hui à regarder en face: rien ne garantit à nos enfants que bien travailler à l’école ou faire des études leur permettra d’avoir une vie meilleure que la notre ou qu'il aura les outils nécessaires en main pour se construire une vie heureuse. Et aujourd’hui plus que jamais, on se rend compte que l'école n’aide en rien à apprendre aux enfants à se connaître et donc à vivre une vie en harmonie avec leurs valeurs.

En tant que parents nous ferons de notre mieux pour leur donner le meilleur de l’éducation, ou du moins tenter de lui donner confiance en lui. Mais il sera confronté à d’autres adultes (ses enseignants, d’autres enfants ou adolescents), et toutes ces rencontres vont forger chez nos enfants une perception du monde et de lui même que nous ne contrôlons pas, et que nous ne pouvons pas contrôler. C’est dans ce monde que notre enfant doit évoluer, et pour cela, il a besoin de développer par lui même les outils nécessaires pour s’y adapter.

En cela, la pratique de l’attention et de la philosophie pourra l’aider:


A/ Il apprendra à prendre du recul sur les choses. En effet la pratique de l’attention permet de recentrer son attention sur sa respiration et d’observer ce qu’il se passe dans son corps, sans jugement; de nombreuses expériences ont démontré les bienfaits de cette pratique ( prise de recul sur les évènements, gestion émotionnel, apaisement des tensions).

B/ Il comprendra que l’autre est différent et que cette différence est enrichissante. Oui, discuter avec quelqu’un d’autre que soi, et l’écouter véritablement, dans un cadre où on ne juge pas et où on ne se moque pas, permet de découvrir ses camarades et de s’intéresser à eux différemment. De mieux les comprendre.

Moi je pressens déjà les bienfaits que cela aura sur leurs relations dans la cour de récréation: plus de respect, moins de moquerie. Pourquoi? Parce que le petit Louis dont tout le monde se moquait avant, et ben en classe, il a dit des idées qui étaient vachement bien sur l’amitié. Bah j’ai plus envie de me moquer de lui. Les ateliers de philosophie permettent aux enfants de s’ouvrir aux autres, car quand on partage une idée, on partage une partie de son être. Et cela suscite le respect quand c’est fait dans la bienveillance.


Alors oui, je guéris une blessure personnelle en même temps: j’aurais adoré qu’on m’apprenne à me poser les questions: de quoi tu as besoin? Qu’est ce que c’est que le bonheur pour toi? L’amitié? La justice? Et de là à mener une vie congruente entre mes valeurs et mes actions. L'enfant apprend aussi à différencier son ressenti de celui des autres, et cela ouvre à plus de tolérance et

d’empathie, mais aussi à se différencier en tant qu’individu. L’autre n’est pas moi, et quel apaisement de le savoir et de le découvrir. Ça simplifie les relations de savoir qu’il suffit de se questionner et de questionner l’autre pour mieux le comprendre.



2/ Nos enfants ont besoin de relations bienveillantes


Lors de mon parcours avec Sève, nous avons eu un après-midi des plus déroutant. Nous avions un exercice à faire par petits groupes de trois. Lors de cet exercice, nous devions nommer une expérience marquante de nous enfant avec un adulte dans le cadre scolaire. Nous nous sommes tous lancés, et j’ai été surprise de voir à quel point nous avons tous vécu un moment d’humiliation, un moment de honte, un moment où l’adulte ne nous entendait pas, ne prenait pas acte, ne légiférait pas, n’aidait pas voire même écrasait, jugeait négativement, ou ignorait l’enfant. Les neurosciences nous expliquent très bien aujourd’hui que les enfants sont des éponges (pour faire court), ils absorbent les informations du réel avec une facilité déconcertante! Avantage et inconvénient simultanément !

On ne pourra jamais éviter qu'un enfant ait des blessures émotionnelles, car l'adulte, avec toute sa bonne volonté, n'est pas un être parfait. Alors mieux vaut que le cadre de manière générale soit propice au bon développement de l'enfant, avec la possibilité de dialoguer ouvertement et en confiance.


Le cerveau crée à chaque interaction sociale, à chaque expérience des connexions neuronales. Plus une expérience est répétée, plus la connexion est renforcée. Alors qu’avons nous à perdre à tirer partie de ce mode de fonctionnement en offrant le meilleur à nos enfants, le plus souvent possible?

Arrive alors la période de l’élagage. Le cerveau commence à éliminer les connexions inutiles, celles qu’il utilise le moins. Pour conserver les autres, les plus souvent utilisées. Et je vous invite à faire travailler votre imagination: si un enfant a plus de relations bienveillantes, il reproduira ce comportement et se comportera de façon bienveillante. Si un enfant a été confronté à la violence, il communiquera avec de la violence. Parce que son cerveau imprimera que le circuit le plus utilisé est celui de la bienveillance ou de la violence. Je vais tenter d’illustrer mon propos avec un exemple:


Si on dit souvent à un enfant “tu es vraiment nul, tu ne sers à rien” à chaque fois qu’il fait une bêtise, une erreur, ou qu’il boude, il croira qu’il est nul et qu’il ne sert à rien. Et parfois même dans des situations anodines:

"Au fait Maëva, tu sais ce que j'ai fait hier? Je suis allée à la ferme avec mes parents, on a vu plein d'animaux, c'était trop bien," bla bla bla.

Maëva regarde derrière elle et entame la conversation avec une autre copine.

Cécile se dit alors dans sa tête: "elle m'a totalement ignoré, ça ne l'intéresse probablement pas. En même temps c'est toujours pareil, je dis que des bêtises, je suis nulle".


Bah oui, c’est évident! Qui voudrait écouter quelqu’un de nul qui ne sert à rien franchement? En réalité Maëva était dans ses pensées et n'a pas pas entendu Cécile lui parler. Et puis pile à ce moment là, d'autres enfants passait près d'elles en hurlant dans la cours de récréation.

Et Cécile ne se dit pas “peut-être qu’elle ne m’a pas entendu, je vais répéter ce que j’ai dit pour qu’elle m’entende mieux”, ou “elle doit être concentrés sur autre chose, je vais lui demander si elle m’a entendu”. Son cerveau va emprunter la connexion bien connue de “je suis nul et je sers à rien”, raccourci Mario Kart, et bim dans le mur.


L’atelier philosophique a aussi pour volonté de participer à créer un cadre assez bienveillant pour favoriser la construction des croyances positives que l’enfant forgera sur lui mais aussi sur le monde, avec des interactions sociales agréables, même lorsqu'on n’est pas d’accord avec l’autre. Et ils en ont fichtrement besoin! Combien ne peuvent pas s'empêcher de juger, de dire " mais t'es bête ou quoi?".

Et savoir se comporter avec l’autre quand on n’est pas d’accord ou qu’on ne partage pas ses idées me paraît être primordial aujourd’hui! Combien de conflits sociaux, religieux, identitaires voire même fanatiques émergent avec violence parce qu’on ne comprend pas que l’autre puisse être différent de nous?


3/ Nos enfants ont besoin de développer leur esprit critique pour devenir des citoyens


Nous avons besoin de développer notre esprit critique pour affronter le monde de demain. Mais demain, dans 24h! pas dans 20 ans! Parce que le monde dans lequel nous évoluons, et nos enfants avec, est rempli d’informations venants de tous horizons.

Entre le journalisme de télévision, la presse, les articles sur les réseaux sociaux, les individus qui s’expriment, le partage d’opinions favorisés par les réseaux sociaux, le deepfake, l’école, la fille de la voisine , la théorie du complot sur les extra terrestres qui gouvernent le monde ou le tonton du cousin de mon copain Michel qui m’a dit que…, nos enfants ont besoin de maîtriser la pratique de la pensée pour faire le tri. La pensée se pratique et se renforce par la pratique. Et la philosophie exige que les propos soient argumentés, expliqués, et échangés de façon constructive! On pense différemment, ok, pourquoi? Et on explique. On construit sa pensée, on se l’approprie. Et plus encore! On s’étonne de ce que pense l’autre au lieu de juger. Tu penses ça? Ah ok, mais pourquoi? L’origine de la philosophie vient de l’étonnement même sur les choses qui nous paraissent le plus naturel!

""Ne pas railler, ne pas déplorer, ne pas maudire, mais comprendre, Spinoza.

Pendant mon parcours Sève, nous avions un débat sur le sujet suivant: “le savoir rend-il libre?”. Vaste question … nous étions des adultes … et bien nous avons été pitoyables! Parce que nous avons voulu répondre à la question avant de questionner la question elle-même! Nous voulons répondre à la question, témoigner de nos croyances parce qu’elles forgent notre identité, on veut s’imposer et se poser, là ici! Alors qu’on ne savait même pas de quoi on allait parler: c’est quoi véritablement le savoir? Et c’est quoi être libre? Et pourquoi le savoir nous libérerait? Et puis pourquoi pas?


Alors je vois déjà les réactions: elle se prend trop la tête celle-là! La dernière qui a dit ça c’est la maman de Guiseppe de “qui veut épouser mon fils” pour info, donc c’est pas brillantissime (amour sur toi). Non, l’attitude derrière ces questions est une attitude d’enfant, humble: maman, c’est quoi le savoir? Maman, c’est quoi être libre? "Je sais pas, tu dirais quoi toi déjà?" … Voilà le premier pas d'une posture philosophique, posture que nous oublions nous, les adultes, avec nos grandes certitudes sur la vie.


Pour finir, je vais vous raconter une anecdote qu’un animateur d’atelier philo m’a rapporté lors de mon parcours Sève.

Lors d’un atelier de philosophie, un enfant est resté terriblement silencieux. Une fois la discussion terminée, l’heure de récréation a sonné, et le même petit garçon est resté seul, assis sur un banc. L’animateur est allé à sa rencontre et a demandé “tu ne veux pas aller jouer avec les autres enfants?”, et le petit garçon a répondu “ je ne peux pas monsieur, ce qu’on s’est dit tout à l’heure en classe, ça continue de me tracasser”. Je suis pas la seule à me prendre la tête!


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